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La létalité du gaz de chlore – Une explication possible du nombre élevé de victimes et décès à la suite des attaques du 7 avril 2018 à Douma, en Syrie

September 17, 2018

By Keith B. Ward

Un rapport précédent d’Eliot Higgins a rassemblé les preuves concernant au moins deux bouteilles de gaz jaunes associées aux attaques du 7 avril 2018 à Douma, en Syrie. Ce rapport examine les similitudes avec les précédentes attaques qui ont impliqué du chlore en Syrie, et dénombre les bilans humains rapportés depuis Douma allant de 43 à plus de 85 victimes. Quatre jours après l’attaque, certains sites d’information ont rapporté qu’« environ 500 » personnes à Douma avaient des symptômes d’attaque chimique.

Le nombre élevé de pertes humaines et de victimes par rapport aux attaques précédentes impliquant du chlore a conduit certains à affirmer qu’une substance plus mortelle, comme un agent neurotoxique, avait dû être utilisée dans ces attaques récentes. Il est difficile d’être certain des diagnostics médicaux basés sur des informations de troisième main. La seule façon définitive de déterminer quels agents chimiques sont impliqués est d’effectuer des analyses appropriées des échantillons environnementaux et des échantillons de tissus prélevés sur les victimes.

Cependant, des analyses de vidéos YouTube de survivants soignés, des vidéos de victimes enregistrées peu de temps après les attaques et des interviews de témoins et de personnel médical suggèrent que la grande majorité des signes et symptômes cliniques (tels que l’opacification cornéenne, la mousse dans les bouches et les narines, due à un œdème pulmonaire, observées sur les cadavres) ainsi que les rapports environnementaux (comme une forte odeur « rappelant celle de l’eau de Javel ») sont surtout compatibles avec une exposition à des niveaux élevés de chlore, bien qu’ils n’excluent pas complètement qu’un agent neurotoxique ait aussi été impliqué. Je fournis ci-dessous des calculs indiquant que, dans certaines conditions, les niveaux de chlore auxquels les victimes peuvent vraisemblablement avoir été exposées au cours de ces attaques peuvent facilement expliquer le lourd bilan humain signalé.

Au moins trois stratégies auraient été utilisées dans les précédentes attaques au chlore, elles comprennent :

a.) des bouteilles de chlore pressurisé larguées avec des barils explosifs pour que les bouteilles se rompent à l’impact,

b.) des roquettes avec de petites bonbonnes de gaz sous pression en guise d’ogive, modifiées pour se vider rapidement à l’impact, et

c.) des ogive de dispersion dans lesquelles des récipients séparés d’acide chlorhydrique liquide et de permanganate de potassium se mélangent lors de l’impact, réagissant pour générer du gaz de chlore.

Dans chacun de ces cas, une grande quantité de chlore est libérée sur une grande surface sous forme de nuage. C’est intrinsèquement une mise en œuvre inefficace. Le nuage peut se disperser rapidement en fonction des conditions atmosphériques. Le gaz hautement réactif est dégradé par des interactions chimiques et physiques avec des éléments de l’environnement. Le chlore a une forte odeur et une couleur vert clair caractéristique qui alerte les gens et les aide à éviter les nuages dangereux. Les gens peuvent être en mesure d’éviter les concentrations dangereuses de chlore pendant de longues périodes. Ces caractéristiques expliquent probablement le faible nombre de victimes et de décès dans les attaques précédentes.

Comme le note E. Higgins dans le rapport mentionné ci-dessus, les attaques de Douma étaient inhabituelles parce que, intentionnellement ou par accident, les cylindres ne se sont pas rompus mais semblent avoir libéré leur contenu plus lentement. Les cylindres ont également été vus dans les étages supérieurs des bâtiments attaqués. Puisque le chlore est beaucoup plus lourd que l’air, il a tendance à s’écouler vers le bas à l’intérieur des bâtiments, à être protégé de la dispersion par le vent, à se diluer dans l’air ambiant et à pénétrer dans les pièces des étages inférieurs et sous-sols, parfois jusqu’à les remplir entièrement. Les victimes qui cherchaient un abri contre les bombardements dans ces endroits auraient pu entrer dans des pièges mortels pour les raisons que je décris ci-dessous.

Une personne exposée au gaz de chlore subira divers effets à la fois en fonction de la concentration du gaz et de la durée pendant laquelle l’individu est exposé au gaz à cette concentration. De nombreux détails sur l’exposition humaine au chlore sont donnés dans ce lien de l‘Institut national pour la sécurité et la santé au travail américain.

La concentration d’un gaz est communément exprimée en partie par million (ppm). En prenant en compte ces concentrations de chlore, les durées d’exposition et les effets sur la santé basés sur des études scientifiques antérieures :

Quelle quantité de chlore provenant d’une bonbonne est nécessaire pour atteindre une telle concentration ? Quel volume occuperait le chlore ? Une petite bonbonne commerciale de chlore contient habituellement 45,4 kg de chlore. Considérons 1 % du contenu, soit 0,454 kg de chlore. La masse molaire moléculaire du dichlore (70.91 g/mol) et le volume molaire d’un gaz parfait (22.4 l/mol) permettent d’estimer le volume de cette masse de gaz de chlore pur à 0,143 mètres cubes à la sortie de la bonbonne. Après dilution du chlore pour obtenir une concentration de 1000 ppm on obtient un volume de 143 mètres cubes. Pour remettre cela en perspective, il s’agit du volume total d’une pièce de 10 m x 3 m x 4,8 m, un espace assez important.

Dès lors, même si 1% seulement du contenu d’une bonbonne (0,454 kg) est arrivé aux étages inférieurs et dans les sous-sols des bâtiments attaqués, cela suffirait à remplir en quelques minutes un large espace avec une concentration mortelle pour les personnes qui s’y seraient réfugiées. Ceci ne signifie pas que seul du chlore a été utilisé dans les attaques. Les preuves de l’utilisation du chlore abondent, mais ces preuves n’empêchent pas que des agents neurotoxiques aient été utilisés. Le chlore est moins létal que les agents neurotoxiques, mais son niveau de létalité suffit à expliquer le taux de mortalité élevé et le lourd bilan des attaques récentes à Douma en Syrie.

Merci au collectif Syrie Factuel pour la traduction de cet article.

Keith B. Ward

Keith is an Affiliated Faculty member at George Mason University. He received his B.S. in Physics from Texas A&M and his Ph.D. in Biophysics from the Johns Hopkins University. He was on the Chemistry Faculty at the University of Wisconsin before serving as a civilian scientist for the US Navy, DHS, and the FBI Laboratory. Since retiring, he occasionally provides technical assistance to Human Rights Watch and Amnesty International, specializing in chemical and biological defense topics.

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4 Comments

  1. Bernd

    Hi ima Russian bot and here to remind you of fake videos of Buk made by SBU and Adobe Aftereffects. Meep meep meep.

    Reply
    • oui oui

      this video with Deputy Prime Minister Sergei Prikhodko and Oleg Deripaska on a yacht accompanied by paid gentle girls has been posted the 8 february 2018 , the novichok was used the 4 March 2018 , the russian presidential election has been quietly staged the 18 March 2018

      Reply
  2. Persse

    Your high mortality rate is equal to zero, which is not high. As you well know the Douma affair was comprehensively demolished by all the eyewitnesses on the spot. Chlorine is not even a weapon let alone a “chemical weapon’. There is not one single example of death by pulmonary oedema caused by transient exposure of chlorine in Syria. Not one. The reason for that is the white helmet terrorists can suffocate children for their snuff videos but cannot recreate lung damage convincingly.

    Reply
    • oui oui

      are you this priest who went from Russia to Syria to bless the bombers
      “stop fighting or we burn your family”

      Reply

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